Meknès fut la capitale du Maroc pendant cinquante-cinq ans, et sa porte le prouve. La plupart des itinéraires lui accordent quatre-vingt-dix minutes sur la route de Fès. Voici ce qu'on y trouve vraiment, et pourquoi la ville sainte sur la colline mérite le détour.
La ville qui a cessé d'être capitale
Pendant cinquante-cinq ans, Meknès fut la capitale du Maroc. Le sultan Moulay Ismaïl, fondateur de la dynastie alaouite — celle qui règne encore aujourd'hui — en fit une cité impériale à une échelle censée rivaliser avec ce qu'il avait entendu dire de Versailles. Puis la capitale se déplaça, et Meknès resta avec les murailles, les portes, les greniers et les écuries d'une cour partie ailleurs.
C'est ce qui explique son atmosphère. Meknès possède une architecture impériale à l'échelle impériale et une fraction des visiteurs de Fès ou de Marrakech. Vous pouvez vous planter devant son plus grand monument sans faire la queue.
Bab Mansour
Bab Mansour est la raison pour laquelle on s'arrête, et elle la mérite. On la tient généralement pour la plus belle porte du Maroc : un vaste arc de cérémonie face à la place el-Hedim, couvert de zellige, encadré de colonnes de marbre que les bâtisseurs sont allés prendre à Volubilis, un peu plus haut sur la route.
C'était une porte pour une cour, pas pour la circulation : l'enjeu était ce que ressentaient les visiteurs en approchant du sultan. L'effet demeure à peu près, et il est meilleur en fin d'après-midi, quand la lumière traverse la place et frappe le zellige au lieu de l'aplatir.
La place el-Hedim, devant, est une vraie place de quartier, plus petite et plus calme que Jemaa el-Fna, avec le marché alimentaire sur un côté. C'est un bon endroit pour s'asseoir vingt minutes et regarder une ville marocaine vivre sa soirée.
Les greniers, la vraie surprise
Heri es-Souani est ce dont les visiteurs se souviennent. Moulay Ismaïl le fit bâtir dans la kasbah pour stocker le grain et approvisionner la ville et ses chevaux pendant un siège — un vaste ensemble de salles voûtées aux murs assez épais pour maintenir une température stable tout l'été.
Une partie de la toiture s'est effondrée au fil des siècles : la lumière tombe donc en faisceaux entre les arcs, dans des salles conçues pour être obscures. Le résultat est l'un des plus beaux intérieurs du Maroc, et il est presque toujours calme.
Entrée : environ 10 dirhams, en espèces. Horaires approximatifs : 9h à midi, puis 15h à 18h30 — la fermeture de la mi-journée prend les visiteurs au dépourvu et reste la première raison pour laquelle on manque le site.
Juste à côté se trouvent les ruines des écuries royales, bâties pour une cavalerie qui se comptait en milliers.
Le mausolée de Moulay Ismaïl
Le mausolée de Moulay Ismaïl est l'un des rares lieux de culte en activité au Maroc où les non-musulmans sont admis, ce qui en fait une exception à ne pas manquer. Les cours sont paisibles, le décor de zellige remarquable, et l'on y saisit la mesure de l'homme dont l'ambition explique tout le reste de la ville.
Habillez-vous sobrement, déchaussez-vous où c'est indiqué et parlez bas : des gens prient, et ce n'est pas un musée.
Moulay Idriss, sur la colline
À cinq kilomètres de Volubilis, une ville blanche s'étend sur deux sommets : Moulay Idriss Zerhoun, la ville la plus sainte du Maroc.
Elle est bâtie autour du tombeau de Moulay Idriss Ier, qui apporta l'islam au Maroc au VIIIe siècle et fonda sa première dynastie. Pendant des siècles, les non-musulmans ne pouvaient y passer la nuit. Cette restriction a disparu depuis longtemps et la ville compte aujourd'hui des maisons d'hôtes, mais l'atmosphère qu'elle a produite n'a pas tout à fait disparu : c'est d'abord une ville de pèlerinage et ensuite une destination touristique, ce qui, à l'échelle marocaine, la rend exceptionnellement détendue. Personne n'essaie de vous vendre un tapis.
Ce qu'il faut faire : monter. La ville est raide et la récompense, ce sont les terrasses panoramiques d'où l'on domine le toit de tuiles vertes du sanctuaire et la plaine du Zerhoun jusqu'à Volubilis. Tout le monde vous y enverra, et il faut compter une vingtaine de minutes de montée.
Ce que vous ne pouvez pas faire : entrer dans le sanctuaire. Les non-musulmans circulent librement dans la ville mais ne franchissent pas l'enceinte sacrée — une barre de bois en travers de la ruelle marque nettement la limite.
Faire les trois
Volubilis, Moulay Idriss et Meknès sont à quarante minutes les uns des autres, et ils ont plus de sens ensemble que séparément : la cité romaine, la ville sainte bâtie en partie de ses pierres, et la capitale impériale qui a réemployé son marbre mille ans plus tard.
Depuis Fès en excursion, c'est une longue journée — 10 à 11 heures, surtout de route. Cela fonctionne bien mieux dans un itinéraire qui va déjà dans ce sens. Notre circuit de 5 jours Casablanca-Marrakech prend Rabat le matin, Volubilis et Meknès l'après-midi, et arrive à Fès pour la nuit : les sites ne vous coûtent aucune journée supplémentaire. Le circuit des villes impériales fait de même depuis Marrakech, en couvrant les quatre capitales.
Pour le détail du site romain avant de partir, voyez notre guide de Volubilis : quoi regarder et à quelle heure arriver.
Une remarque sur le temps
Le vrai problème de Meknès, c'est qu'elle est à une heure de Fès, et que Fès est écrasante au meilleur sens du terme. La plupart des itinéraires accordent quatre-vingt-dix minutes à Meknès parce que le programme est bâti pour arriver à Fès avant la nuit.
Si c'est votre cas, consacrez-les à Bab Mansour et aux greniers, et sautez la médina. La médina est agréable et vous en verrez une meilleure demain. Les greniers, vous ne les verrez nulle part ailleurs.
